Le Songe
© Pierre Grosbois

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Entretien de Gwenaël Morin par Vincent Théval

dans le cadre du Songe d’après Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare

dans le cadre du Songe d’après Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare

Comment restituer le désordre foisonnant du Songe d’une nuit d’été ? Comment embrasser les histoires croisées de ces deux couples d’amoureux, de ces artisans, princes et créatures mythologiques, la magie d’une nuit passée dans cette forêt étrange de la Grèce antique ? La réponse du metteur en scène Gwenaël Morin tient d’abord à sa foi inébranlable dans le théâtre, ce lieu de contact entre le réel et l’imaginaire. Le Songe est joué par une équipe réduite de quatre interprètes, qui endossent tous les rôles et toutes les réalités en un tourbillon d’une grande liberté. Au plus près du texte, sans artifice, Gwenaël Morin fait du Songe une comédie libre et cruelle, féroce et brutale, mais aussi un spectacle exaltant qui renoue avec le plaisir modeste et fou de tomber amoureux. Créé en juillet 2023 pour le Festival d’Avignon, Le Songe est le premier opus d’un répertoire que le metteur en scène déploie sur quatre ans, intitulé Démonter les remparts pour finir le pont.

Qu’est-ce qui vous a conduit au Songe d’une nuit d’été ?

Gwenaël Morin : C’est l’invitation à jouer au Festival d’Avignon, en été et à ciel ouvert, dans le jardin de la maison Jean-Vilar. La langue invitée cette année était l’anglais, ce qui flèche assez naturellement vers Shakespeare, comme on dit que le français est la “langue de Molière” ou l’espagnol “la langue de Cervantès”. Et j’avais envie de monter autre chose qu’une tragédie. Je n’avais pas de fascination particulière pour Le Songe d’une nuit d’été. La pièce est inscrite parmi les chefs-d’œuvre du répertoire occidental, ce qui me libère d’une certaine responsabilité. Surtout, j’avais le désir de renouer avec l’équipe du Théâtre Permanent de 2009 et je cherchais quelque chose d’un peu magique pour nous réunir. La pièce m’a semblé être le bon terrain de jeu pour repartir en quête d’une nouvelle jeunesse ou plutôt pour lutter contre le principe d’identification, le principe réaliste induit par la culture cinématographique : peu importe l’âge et l’identité des rôles ou le nombre de rôles face au nombre de personnages, il est possible au théâtre de faire voler tout cela en éclat et de construire un monde surréaliste et pour autant lisible.

Que permet ce choix de monter la pièce avec seulement quatre comédiennes et comédiens ?

Cela force à inventer de la lisibilité : comment arriver, par des formes simples, à tordre ou à transformer nos constructions de représentation, pour faire en sorte que X puisse aussi jouer Y, que les espaces et les temporalités puissent se télescoper. La question de l’identité vole très rapidement en éclats et ce qui est beau à voir, c’est que les spectateurs sont assez vite d’accord avec ces principes-là. Au théâtre, davantage que devant un écran, on est prêt à accepter beaucoup de distorsions, ce qui témoigne d’un esprit très subversif en chacun de nous. C’est ce qui me passionne au théâtre : comment résoudre des problèmes de manière sensible et pas nécessairement de manière rationnelle.

Est-ce que cela change le rapport au texte ?

C’est un peu comme une réécriture : pas textuelle mais à un autre endroit, une forme de réinterprétation. On peut se permettre une telle gymnastique avec ces textes-là, parce qu’ils sont très solides et déjà connus. Pour autant, je ne table pas sur le fait que les spectateurs connaissent déjà la pièce. Moi-même je “découvre” Le Songe d’une nuit d’été quand je le monte et je m’appuie beaucoup sur cette innocence pour y opposer mon incompréhension : de quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Je suis devant cet objet, je prends acte de mon incompréhension mais je la refuse, pour essayer de construire la possibilité de vivre avec ce monde complexe, dont Shakespeare est l’un des épigones.

Comment s’est articulé le travail de préparation de la pièce, en résidence à La Villette ?

Nous étions accompagnés par Cecilia Bangolea, qui a pris en charge une partie chorégraphique très ouverte, transmission de sa propre méthode, en articulation légère avec Shakespeare. Cela a permis aux acteurs de s’impliquer physiquement. Même si ce n’était pas toujours complètement en connexion avec ce que nous étions en train de faire, cela a permis l’élaboration d’un vocabulaire. Le luxe, c’est le temps et c’est ce que nous a offert la résidence à La Villette. Nous avons pu errer davantage à l’intérieur de nos propres désirs de théâtre. Nous avons commencé par un important travail avec la dramatuge Elsa Rooke. Cecilia prenait le relais sur la danse, nous avons aussi chanté tous les jours. Cela ne se retrouve pas nécessairement dans le travail mais, dans les quinze derniers jours de répétition, le corps des actrices et des acteurs était imbibé de cette expérience-là. J’ai voulu changer mes habitudes de travail. Même si je suis ensuite revenu à une méthode de mise en place fonctionnelle, directive, cadrée et somme toute très conventionnelle, j’ai d’abord voulu me perdre dans “la forêt” du Songe de Shakespeare, y observer les acteurs, suivre leurs intuitions, laisser transpirer leur singularité, sans inquiétude.

Du jardin de la maison Jean-Vilar à Avignon au Pavillon Villette à Paris, comment la mise en scène s’adapte-t-elle aux lieux ?

Cela fait partie du plaisir mais aussi de la difficulté devant laquelle j’aime me trouver. À La Villette, ce sera sans doute très différent de ce que nous avons fait à Avignon. Mais comme la mise en scène est construite de manière très centrale et que j’essaie de dégager des axes importants, nous n’allons pas la modifier sur le fond. L’espace du Pavillon Villette est assez intime. Le point de départ sera de dessiner au sol la configuration spatiale du jardin de la maison Jean-Vilar, comme dans le film Dogville de Lars Von Trier, et de voir ce que ça donne. Si on transpose l’espace du jardin à l’échelle 1, il n’y aura pas de place pour un gradin. Il faudra répartir le public un peu partout sur le plateau, un peu comme si les spectateurs étaient perdus eux aussi dans la forêt… J’ai confiance dans le génie et l’expérience de mon équipe pour tenter cette expérience. C’est aussi La Villette qui offre cette liberté. Il serait irresponsable de ne pas s’en saisir.


Propos recueillis par Vincent Théval, août 2023

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