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Hamlet : Interview de Boris Nikitin

[Coulisses] le 27 octobre 2016

Du 22 au 26 novembre, Boris Nikitin vient pour la première fois en France nous présenter sa version de Hamlet. Avec l’aide du performeur Julian Meding, le metteur en scène utilise le classique de Shakespeare à sa manière, pour explorer les questions d’identité. Interview.

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Dans cette version de Hamlet, vous explorez la question de réalité ?
Boris Nikitin : Depuis 10 ans, la réalité et l’identité sont des sujets assez centraux dans mon travail. Je les traite sous la forme documentaire dans le théâtre, pour mener à la question de ce qui relève de la fiction ou de l’illusion.

Ce qui m’intéresse c’est la création de l’identité sur scène. Or Hamlet est un bon exemple, parce que la plupart d’entre nous connaissent le personnage, et on se demande s’il est devenu fou ou s’il joue un rôle. Et c’est un peu ce que l’on essaie de faire avec cette création. Parce que Julian Meding est un performer assez spécial, et on se demande si c’est un rôle de composition ou non. S’il joue Hamlet ou lui-même. Donc il s’agit de questionner la réalité, d’étudier comment la construire, comment gérer la réalité et l’identité.

En quoi la personalité de Julian Meding est importante pour ce rôle ?
Boris Nikitin : La plupart du temps, quand je développe un texte et un projet, je travaille avec le performer. Et souvent, avec leur permission, j’inclus leur expérience personnelle utilisant des éléments biographiques, en ayant recours à la technique documentaire. Ce qui crée un sentiment incertain, à savoir s’il parle de lui-même ou s’il joue un rôle.

Quand je l'ai conçue, je l’ai envisagée comme une pièce sur Hamlet et sur Julian à la fois. Pas tant sur sa vie, que sur son identité, et sa vision du monde, son regard sur la société, sur les normes. Ou du moins la vision de son personnage, celui que l’on considère comme lui… en tant que performer.

Pourquoi avoir fait appel à un ensemble baroque pour la musique ?
Boris Nikitin : L’idée était de faire le lien avec le contexte historique de la pièce : le théâtre élisabéthain et baroque. De plus, comme Julian est musicien, c’était une combinaison intéressante avec sa musique. Au final, l’ensemble ne joue aucun morceau d’époque, mais on utilise des instruments historiques. Si on écoute un instrument baroque, comme la viole de gambe, on a immédiatement ce sentiment, même dans un contexte pop.
Et puis, ma théorie, c’est que la période baroque est assez queer. Notamment dans la manière dont la sexualité est perçue, traitée et décrite à cette époque. C’est assez logique, car l’apparence de Julian, sur scène, est très baroque. Donc cette pièce rassemble le baroque et le queer-disco contemporain.

Et vous questionnez l’identité queer en particulier ?
Boris Nikitin : Je voulais créer une nouvelle image d’un Hamlet sur scène, l’apparence de Julian sur scène, sans cheveux, sans sourcils, lui donne ce look queer, entre féminin et masculin, entre jeune et vieux, entre sain et malade. Donc ce n’est pas queer au sens de l’orientation sexuelle, mais dans tous les sens possibles de l’identité.

Avec tous ces éléments vous créez une identité unique ?
Boris Nikitin : Au début, l’idée était qu’il y aurait sur scène quelqu’un de bizarre, qu’on aurait envie de rejeter mais qu’après un certain temps, on s’y habituerait. Le public s’interroge au début, puis au bout d’un moment l’accepte. Même inconsciemment, à force de passer du temps avec lui, de partager un espace avec lui, de le regarder, Julian commence à faire partie d’eux. Bien sûr, il a une pose rebelle : « je ne suis pas vous, vous n’êtes pas moi ». C’est un fait mais ce n’est pas grave, c’est la réalité.

En mettant l’accent sur la différence, Julian remet en question le « nous » et crée en même temps la possibilité pour chacun de construire sa propre réalité et sa propre identité.

Crédit photo : Donata Ettlin

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