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Cnac : interview d’Alain Reynaud

[Tête-à-tête(s)] le 16 février 2016

Depuis plus de deux semaines déjà, les jeunes circassiens du Cnac font parler d’eux à l’espace Chapiteaux avec leur décapant « …Avec vue sur la piste ». L’équipe web a rencontré Alain Reynaud, le metteur en scène, lui-même ancien élève de la célèbre école de cirque de Châlons-en-Champagne.

Comment avez-vous procédé à la création de ce spectacle ?
Alain Reynaud : Je voulais partir d’eux. Etant moi-même ancien élève du Cnac, j’avais envie qu’ils mettent sur la piste ce qu’ils avaient appris au cours de leurs cinq ans d’apprentissage. L’objectif ce n’était pas de faire ce que j’avais envie ou d’imposer mon univers.

Ce que j’ai apporté c’est mon sens du collectif ! Le cirque comme je le rêve : avec plein de monde, plein de disciplines, être en piste et pas simplement faire 5 minutes puis de partir dans sa caravane attendre la fin du spectacle. Au contraire : être au service des autres par le biais de la musique … La personnalité jaillit à travers le collectif avec l’esprit « je peux être moi parce que les autres sont là. »

Pourquoi avoir demandé l’aide de Heinzi Lorenzen pour la mise en scène de ce spectacle ?
Alain Reynaud : Je ne suis pas un solitaire. Je déteste me retrouver seul avec des questions de mise en scène, j’ai besoin d’échanger tout le temps. Heinzi est un clown comme moi, donc on a ce langage en commun et pourtant on n’a pas forcément mes goûts. Ce qui fait qu’on a une espèce d’harmonie et en même temps une différence qui s’accordent facilement.

Vous aviez besoin d’un renfort clown face à tous ces voltigeurs ?
Alain Reynaud : En fait, non seulement on joue ensemble, mais on enseigne aussi à l’ENSATT et à l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne. On est un vrai duo de clowns. En prenant un peu d’âge, on se pose les questions de la transmission. Et maintenant le troisième volet de notre coopération, c’est de mettre en scène, et accoucher les autres. Moi je suis de la compagnie des Nouveaux Nez, donc le mot naissance est toujours présent.

L’idée était-elle de casser la rigueur nécessaire à la voltige avec le burlesque ?
Alain Reynaud : C’est clair que ces jeunes circassiens ont un besoin d’exigence dans leur travail, mais une fois qu’ils ont fini de pratiquer, ils ne se prennent pas au sérieux. Parce que parfois ces métiers qui font gonfler les muscles font gonfler l’égo aussi ! Et là, c’est une très belle équipe, parce qu’ils sont très humbles – même s’ils sont très forts.

Les étudiants nous ont parlé d’un exercice de clown, pouvez-vous nous en dire plus ?
Alain Reynaud : C’était au tout début, on ne les connaissait pas, donc on les a fait travailler ce que nous maîtrisons le mieux : le clown. C’est un exercice qui permet de voir les gens un peu autrement. Donc on a fait une semaine de travail sur le clown, mais en amont de ma création. Ca permet de travailler sur la confiance, avant l’objet à construire, qui met la pression. Car il fallait se faire confiance pour monter un tel spectacle !

Et ce travail de de clown, ça consiste en quoi ?
Alain Reynaud : C’est finalement apprendre à rire de soi-même. Découvrir le naïf qui est en chacun et qu’on essaie de chasser chaque minute de sa vie. Ces étudiants sont tous des super-héros acrobatiques, donc c’était intéressant d’aller chercher l’autre versant. On a rendu visite à celui qui rate… Mais qui n’en fait pas une dépression, qui reste optimiste face à l’échec.

Pensez-vous que cet exercice leur ait apporté cette complicité sur scène ?
Alain Reynaud : Je pense que ce sont des gens qui savent vivre ensemble. Au-delà du fait qu’ils se connaissent depuis 5 ans, c’est vraiment un groupe avec 17 différences mais avec une harmonie, une acceptation de l’autre. C’est une vraie troupe, ce ne sont pas des individus qui viennent faire un spectacle. Quand il n’y a plus de professeurs, ils sont autonomes, ils organisent leurs répétitions en bonne intelligence. C’est un sacré boulot, humainement, de se respecter.

Avez-vous un mot à rajouter pour le public ?
Alain Reynaud : Le spectacle c’est comme l’amour, une déclaration ça se fait pas dans le vide. Donc quand on fait un spectacle quel plus grand plaisir que d’avoir le chapiteau plein avec des gens qui viennent nous recevoir ? Et le rire c’est pareil, on ne peut pas faire rire personne : il faut qu’il y ait quelqu’un qui reçoive.

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Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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