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Se méfier de “L’eau qui dort” avec Michael Pinsky

[Tête-à-tête(s)] le 20 octobre 2015

Du 25 novembre au 3 janvier 2016, La Villette et COAL proposent L’Eau qui dort de Michael Pinsky. Dans le cadre de la COP21, cette exposition gratuite sur le canal de l’Ourq traite de la question du gaspillage. Rencontre avec le Britannique qui nous raconte sa démarche artistique pour l’environnement.

D’où vous est venue l’idée de L’eau qui dort ?
J’ai réalisé un projet similaire en 2003 à Bridgwater, « Breaking the Surface ». Ma méthode de travail consiste à me promener, passer du temps et discuter avec les gens. Et dans le Somerset, les habitants m’ont fait prendre conscience que beaucoup jetaient leurs détritus dans les docks. Probablement parce que le port est situé à côté d’un supermarché : les clients ramènent le caddie plein puis le laissent devant chez eux. Et pour les enfants, qu’est-ce qu’il y a de plus drôle que de jeter le caddie dans les docks ?

En quoi cette attitude vis-à-vis de la pollution est-elle représentative ?
Ce qui m’intéresse c’est le lien entre la manière dont les gens agissent chez eux et la situation globale. J’ai pensé aux appartements qui donnaient sur les docks : la vue est jolie, avec de l’eau et des bateaux. Mais si c’était un parking, est-ce qu’ils jetteraient des caddies ou vélos dedans ? Non, parce que ça voudrait dire que chaque jour ils se retrouveraient confrontés à ce gaspillage. C’est pour ça que je vais chercher les déchets pour les remonter à la surface et les disposer à la vue de tous : la dernière fois, j’ai ramené 110 caddies !

Vous voulez confronter les gens à leurs propres actions ?
Les gens acceptent la pollution tant qu’ils ne la voient pas. C’est comme avec les voitures : désormais les fumées sont invisibles, donc encore plus dangereuses, parce qu’on ne se rend pas compte des effets nocifs au quotidien. Et cette attitude reflète la manière dont l’humanité envisage les déchets.

Que pensez-vous trouver dans le canal ?
On a déjà des vieux cadrans de lit et des chaises, mais j’espère trouver des caddies et des vélos. Je ne les nettoie pas, je me contente de les poser sur un tube d’acier en guise d’échafaudage et de les mettre en lumière à la surface. S’il y a de la boue ou de la moisissure, tant mieux : ça permet de voir l’effet du temps.

Vous envisagez d'habiller l'oeuvre de musique ?
Pour « Breaking the Surface », on avait fait de la musique avec tous les éléments repêchés. On va faire la même chose pour « L’eau qui dort » avec l’équipe de médiation de La Villette : les enfants vont jouer de la batterie dessus, faire rouler les vélos par-dessus, ou alors souffler dans les tubes. A partir de l’enregistrement, je vais réaliser des samples de son, que je vais utiliser pour composer un morceau diffusé autour de l’œuvre.

Je veux créer plusieurs sources de son, avec des haut-parleurs mais aussi avec les téléphones du public via mp3. L’idée est de créer un paysage sonore en trois dimensions autour de l’œuvre. C’est un morceau basé sur la première gamme pentatonique, ce qui fait que tout s’harmonise, et ce peu importe si les sources sont désynchronisées. Je joue avec l’écho suivant les sources, et ça devient une expérience sonore assez unique.

Que pensez-vous de la COP21 ?
En tant qu’artiste, j’aime à mettre les gens face à leurs choix de vie – environnementaux, sociaux ou autre. Je cherche à briser les normes, et remettre en question les comportements. Je fais ce que je peux en tant qu’artiste : on essaie chacun à notre niveau de créer une différence. Mes œuvres, sans avoir la même portée que celle des politiciens chinois, gardent le dialogue ouvert, pour maintenir l’attention sur le but de cette conférence : l’environnement.

Comment participez-vous à cette démarche ?
Déjà je travaille essentiellement avec du matériel trouvé sur place, je n’apporte par exemple pas de grande sculpture de Londres. C’est important pour moi d’éviter les déplacements au maximum.

Mais dans l’absolu, le concept de cette œuvre a un aspect cathartique : « L’eau qui dort » réalise un réel travail de nettoyage parce que je fais venir les plongeurs pour repêcher des objets qu’on va mener au recyclage. J’interromps l’opération pratique pour en faire une œuvre, mais le recyclage poursuit son cours après l’exposition. Cet instantané crée une opportunité pour réaliser une œuvre d’art. Je ne peux pas le faire à chaque fois, mais quand j’y arrive, c’est très gratifiant.

Crédit photo : The Mercury

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Information

Rendez-vous le 26 octobre 2015 à 9h à la Rotonde Stalingrad pour assister au repêchage de déchets !

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