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Poil de Carotte : Interview de Silvia Costa

[Coulisses] le 20 octobre 2016

Du 18 au 21 novembre, la metteuse en scène Silvia Costa vient présenter son nouveau spectacle pour jeune public dans le cadre du festival d’Automne. Extraits d’une interview par Laura Capelle dans laquelle elle nous parle de sa vision du théâtre, de son travail avec Romeo Castelluci et du personnage de Poil de Carotte.

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Comment s’imagine un spectacle pour le jeune public ?
Silvia Costa : Mon travail pour le jeune public se fait toujours avec des formats un peu spéciaux, proches de l’installation, où les enfants rentrent dans un espace et ont un contact très fort avec une vision ou avec la musique. […] Comme le théâtre à l’ancienne, avec des effets très simples. […]

La forme et l’esthétique sont essentielles pour moi, particulièrement pour le jeune public. Les détails sont vraiment importants : je pense que c’est bien d’habituer les enfants aux couleurs, aux formes, à voir de belles choses. Il faut qu’ils rentrent au théâtre et qu’il y ait interruption de la vie normale.

Pourquoi avoir choisi Poil de Carotte, ce classique français ?
Silvia Costa : Je l’ai découvert par hasard, en regardant les propositions de la maison d’édition à la fin d’un livre. […] L’histoire n’est pas connue en Italie, et je n’avais jamais rien lu de Jules Renard. C’est un personnage qui m’a beaucoup parlé. Cette couleur rouge, c’est comme s’il brûlait de rage à l’intérieur, de cette injustice de la vie. Il est très jeune, mais il a déjà le poids de la vie sur les épaules. […]

Le livre est constitué de chapitres très brefs, et il n’y a pas vraiment d’évolution temporelle. […] C’est un défi pour moi, d’autant que Jules Renard a une façon de parler de l’enfance qui n’est pas habituelle, ce sont des histoires très cruelles, à l’opposé des histoires où tout finit bien. […]

Comment avez-vous construit la mise en scène de Poil de Carotte ?
Silvia Costa : Le dispositif sera divisé en deux parties. Dans la première, les enfants entrent dans un espace tout à fait réaliste, une étable, avec beaucoup de matières : de la paille, du bois, de petits animaux... Dans la deuxième partie, on entre dans un monde abstrait et stylisé : avec l’arrivée soudaine dans l’étable de la mère, qui est un personnage terrifiant. […]

L’espace changera en continu, en représentant plusieurs scènes brèves, une sur chaque aspect de la vie de Poil de Carotte : ses rapports avec sa mère, son frère, les repas en famille, la chasse avec son père, le rapport avec les animaux... C’est un peu comme feuilleter un album de photos, un flux d’images de sa vie, et cela me permet de rester dans la structure du livre, qui est très épisodique.

Vous travaillez depuis le début de votre carrière avec Romeo Castellucci, comme actrice puis comme collaboratrice. Comment l’avez-vous rencontré ?
Silvia Costa : En dernière année d’université, j’ai rencontré sa sœur, Claudia, qui tenait une école de mouvement philosophique pour les jeunes. […] Romeo m'a vu danser dans un des bals de Claudia présentés au public en fin d’année scolaire. Romeo ne se pose jamais comme un maître, mais le travail que j'ai fait avec lui a été fondamental pour construire mon rapport à la scène, d’abord comme actrice. Puis quand Romeo est arrivé à l’opéra, c'est devenu une collaboration sur la conception même du spectacle. Depuis, je le suis sur toutes ses productions, comme collaboratrice artistique.

Qu'est-ce que vous avez appris de lui en tant que metteuse en scène ?
Silvia Costa : Peut-être l'idée qu'à chaque fois qu'on commence une production, on repart de zéro. […]Quand le public va voir un spectacle de Romeo, il ne sait jamais à quoi s’attendre, et je trouve que c'est une richesse énorme. Cette incertitude au début de la création laisse la liberté d'imaginer à chaque fois des formats différents. C'est important de ne pas s'installer dans ce qu'on a fait, de surprendre le spectateur, le toucher, mais pas pour provoquer - d’être simplement attentif à remettre en question les choses.

Propos recueillis par Laura Cappelle pour le festival d’Automne à Paris

Crédit photo : Silvia Boschiero

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