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Over the Cnac avec Jerôme Thomas et Martin Palisse

[Effervescence] le 18 décembre 2014

Du 28 janvier au 22 février prochain, les étudiants de la 26e promotion du Centre National des Arts du Cirque s’installent à la Villette pour présenter leur spectacle de fin d’études. Entretien avec les metteurs en scène Jérôme Thomas et Martin Palisse qui les ont aidés à élaborer leur projet, Over The Cloud.

Comment avez-vous débuté le travail avec les étudiants de la 26e promotion du Cnac ?
Jérôme Thomas : Il s'agit avant tout de mettre en perspective dans ce spectacle une nouvelle approche des arts du cirque. Je développe une très grande attention aux éléments de la création, qui me nourrissent en permanence. Au cours d'un dialogue sur la naissance du spectacle (qui ne s'intitulait pas encore Over the Cloud), deux phrases se sont fait jour en guise de préambule à tout travail.
La première est une interrogation : comment les arts du cirque restent-il toujours aussi créatifs ?
La seconde, une affirmation : après le nouveau cirque, le cirque à nouveau...
Ces deux phrases constituent les fondements principaux de notre métier de circassiens.
Martin Palisse : Ensuite est venu le titre Over the Cloud qui, littéralement, signifie beaucoup ! Le cloud c'est à la fois un nuage et un espace de stockage dématérialisé en informatique. La question qui se pose à nous - à nous tous - est la suivante : dans cet entre-deux, dans cet écart de langue, où plaçons-nous la création ? Par extension où plaçons-nous les arts du cirque dans ce cloud ?
A partir de ces interrogations, il nous fallait trouver un mouvement qui puisse rassembler les onze étudiants de la 26e promotion. Ainsi, nous avons travaillé sur la marche, pour essayer de s'envoler vers l'au-delà des nuages.
Quand Jérôme Thomas dit « après le nouveau cirque, le cirque à nouveau », il évoque une préoccupation commune : la création circassienne n'a pas à être à l'endroit du chorégraphique. Le cirque, ce n'est pas de la danse ; le cirque ne se résume pas non plus à un thème théâtral, ni à une narration. Le cirque n'a plus à être dans l'emprunt permanent aux autres arts pour se définir lui-même. La création circassienne existe car c'est, avant toute chose, un entre-deux.
Il s'agit de réfléchir pour garder nos arts du cirque en mouvement, tant par les corps sur la piste que par la réflexion. C'est un mouvement entre l'intellect et la physicalité des corps. Nous réfléchissons comme les créateurs de nouveaux agrès : une fois l'élément créé, comment le corps se met-il en mouvement sur cet agrès ?"

Quelle serait votre propre définition du collectif ?
Martin Palisse : Grâce à ses trente années de travail, Jérôme Thomas parvient à créer un groupe sur le plateau, à faire un collectif de ces étudiants en insertion professionnelle sans en laisser aucun de côté.
Jérôme Thomas : J'officie comme maître d'œuvre : je suis celui qui pose les fondations tandis que Martin Palisse consolide les éléments déjà existants. Nous créons sur la piste, puis Martin Palisse travaille individuellement avec les étudiants, donne des conseils, des éléments à approfondir. A l'heure actuelle, il y a quelque chose de rare qui se passe, nous sommes face à des interprètes qui ne sont pas craintifs, qui ne sont pas dans le calcul de leur propre carrière. Tous les élèves parviennent à sentir l'œuvre collectivement.
Martin Palisse : Les étudiants ne sont pas dispersés, ils se concentrent sur le travail comme des interprètes du cirque tout en étant très ouverts au monde. Nous respectons leurs travaux personnels. Nous essayons de leur apporter une autre expérience pour déplacer ensemble certaines lignes."

Comment abordez-vous cette mise en scène ?
Jérôme Thomas : Les étudiants ne sont pas encore professionnels, mais ils sont bien meilleurs que certains qui prétendent l'être. A l'heure où il y a de moins en moins d'artistes -les conditions économiques ne leur permettant plus d'exercer leur métier-, la question serait plutôt : comment définir ce qu'est un professionnel aujourd'hui ? Sur la piste, je leur donne les explications nécessaires pour qu'ils comprennent tous les axes et toutes les réflexions qui construisent Over the Cloud.
Martin Palisse : Tout en créant un spectacle, nous tentons de montrer à la promotion une partie de la réalité du métier. Nous posons les questions auxquelles ils devront faire face tous les jours dès qu'ils seront professionnels. Par exemple : quelle rigueur adopter au plateau, sur la piste ? Comment s'articule le travail en équipe entre un metteur en scène, son assistant le créateur lumière, le créateur son, le costumier ou le régisseur général ? En somme, nous leur donnons des clefs pour qu'ils comprennent au mieux les réalités du travail. Il s'agit de leur donner les éléments de compréhension pour qu'ils puissent se positionner sur ce qu'ils ont fait et sur ce qu'ils feront."

« Après le nouveau cirque, le cirque à nouveau... » : s'agit-il d'une formule ou doit-on y voir un nouvel élan ?
Jérôme Thomas : Cette expression se prête à de nombreuses lectures. C'est le moment de signaler un changement important : ce que je nommerai la post-transversalité (l'après-transversalité, l'après-transdisciplinarité des arts) qui se concentre sur une spécificité circassienne, l'agrès. Ce peut être un élément, une construction, mais pour un acrobate au sol, l'agrès, c'est le sol sur lequel il joue; pour les duos de main à main, l'agrès, c'est le corps du/de la partenaire.
Le nouveau cirque partait d'une déconstruction du cirque plus traditionnel, tandis que le "cirque à nouveau" est une démarche collective. Il s'agit de nourrir à nouveau le cirque, de lui redonner du sens. Par exemple, pour nous, être un acrobate aérien est plus intéressant que se contenter de faire des figures sur un tissu. En effet, être un acrobate aérien permet de trouver un nouveau rapport au monde, non pas seulement à titre individuel, mais également au sein d'un collectif.
Martin Palisse : "Le cirque à nouveau" ne nous appartient pas. Il va se construire à plusieurs. Le cirque est un art qui crée une onde et qui diffuse quelque chose dans l'espace par l'image. Le cirque est complémentaire de la musique. Le cirque est un acte circulaire qui associe l'œil (les images) et l'oreille (la musique). Dès le début à Cherbourg, dans le "cirque à nouveau", l'agrès et le rapport à l'agrès ont prédominé. Il nous a fallu trouver le rapport entre chaque agrès et l'ensemble du collectif.
Jérôme Thomas : Nous essayons de construire un autre rapport au mouvement par le collectif. Pour ce faire, nous explorons aussi les moments d'arrêt afin de percevoir les différents changements du mouvement.
Martin Palisse : Pour ma part, l'acte de cirque, le mouvement de cirque, c'est de tenir l'équilibre ensemble.
Jérôme Thomas: Il y a trois facteurs, trois concepts dans Over the Cloud qui viennent renouveler le cirque contemporain :
- les artistes sont toujours en mouvement,
- les solos et les numéros cèdent le pas pour tenter d'autres rapports au collectif et pour lui imprimer d'autres rythmiques,
- tous les artistes touchent tour à tour à chaque agrès présent dans le spectacle."

Entretien réalisé par Cyril Thomas - octobre 2014
Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

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