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Musicora : interview de Marianne James

[Tête-à-tête(s)] le 02 février 2016

Du 5 au 7 février, la Grande halle accueillera le salon de musique classique et jazz Musicora. Pour cette 27e édition, c’est Marianne James qui a été choisie comme marraine ! L’équipe web de La Villette a eu le plaisir de pouvoir discuter avec cette grande dame de la musique classique et populaire!

Quel effet ça fait d’avoir été choisie comme marraine ?
Marianne James : Quand Musicora m’a proposé, j’ai dû réfléchir pas plus de 2 secondes avant d’accepter ! J’avais déjà eu l’occasion de goûter à l’ambiance du salon l’année dernière : j’étais invitée à la grande rencontre musicale organisée par Ibrahim Maalouf. Et je prends ce rôle de marraine très au sérieux. Comme toujours : nous, les pitres et les clowns, prenons toujours les choses très au sérieux ! (rires)

Je trouve que Musicora devrait durer plus longtemps. Après tout il y a le salon du chocolat, le salon de la mode, plusieurs salons de la voiture... Il y a des salons pour tout, mais je trouve qu’un salon dédié à la musique et aux instruments de musique est indispensable. Trois jours c’est court, alors qu’il y a beaucoup d’exposants - qui viennent aussi de pays voisins - et tout ce petit monde se rencontre, échange. C’est très joyeux comme salon, et très interactif.

Pouvez-vous nous parler du Masterclass de chant que vous organisez le dimanche ?
Marianne James : C’est pour tout le monde : pour les petits, pour les grands, pour les pros ou les amateurs, même ceux qui n’ont jamais chanté. Je veux faire chanter tout le monde en même temps. Ceux qui chantent faux auront des notes rien que pour eux : ils auront le droit de faire des sons et percussions avec leur voix, leur corps, leurs mains. Au milieu de la foule, même les timides peuvent chanter, les voix cassées aussi car ça leur fera du bien… Tout le monde peut venir, même les muets ! (rires)

Ça ne risque pas de produire une immense cacophonie ?
Marianne James : Pas du tout ! Même si la cacophonie est parfois nécessaire pour trouver l’harmonie. Un peu comme les orchestres au tout début : les musiciens font un son un peu improbable, tout le monde fait sa note, et d’un coup, ils s’écoutent les uns les autres et arrivent à un certain accord (c’est le cas de le dire !), alors qu’ils sont 100 ! Je sens qu’on va beaucoup s’amuser.

Le samedi vous préparez aussi une conférence sur la voix et le bien-être ?
Marianne James : Souvent le bien-être passe par la voix. Certaines personnes ont la voix en vrac, et malheureusement c’est un vrai problème car qui n’est pas bien dans son corps aura du mal à communiquer. Et généralement dès qu’on prend quelques cours de chant, beaucoup de choses liées à la respiration se dénouent. Le chant joue sur le physique et le mental : c’est un véritable massage de l’intérieur. Le fait d’ouvrir, de laisser vibrer, d’aller vers une justesse va impacter le sommeil, le transit, la santé, l’amour… Tout est comme rénové !

Quel est votre parcours, depuis votre premier prix de chant au conservatoire national ?
Marianne James : J’ai enseigné le chant très longtemps, et comme je suis déjà une dame de plus de 50 ans, j’ai plus de 35 ans d’expérience musicale ! A une période, j’ai été d’une curiosité folle et j’ai participé à des stages autant de musique dite traditionnelle que de musique contemporaine, de musique très intelligente comme de musique très primales, de théâtre, dans des langues et des pays différents. Et j’en ai appris une manière d’être par rapport à la voix qui est assez gourmande j’espère, vivante et drôle. Car l’humour et la voix font très bon ménage !

D’après vous, quel est le rôle d’un salon de la musique ?
Marianne James : Ce que je trouve génial c’est que le salon réunit tous les gens qui font de la musique, numérique comme organique. Désormais n’importe qui peut former un orchestre sur son ordinateur : les gens piochent dans des banques de données de son et composent un morceau à l’aide de leur souris. On peut tout faire aujourd’hui numériquement ! Et à Musicora, ils peuvent rencontrer tous ceux qui ceux qui construisent encore des instruments avec du bois.

Parce qu’entre un violon joué à l’ordinateur et un vrai violon, il n’y a pas photo. C’est comme, je vais oser un parallèle un peu olé-olé, la différence entre un film érotique et le sexe pratiqué dans un lit ! Par exemple à la Nouvelle Star, quand nous le jury avons entendu Miss Dominique la toute première fois, c’était en direct, en son réel. Et je peux vous dire que ça nous a décapsulé la tête ! C’est pour ça que je me suis mise à genoux, pour me faire bénir par cette femme, elle était l’incarnation terrestre des chanteuses de gospel. Une gifle ! Rien à voir avec le son capté de la télé ! C’est pas un retour en arrière, mais un retour aux sources.

D’ailleurs on s’aperçoit que plus le son est parfait, moins l’émotion est là. C’est comme La Callas : elle était émouvante parce qu’elle amenait le drame dans sa voix, elle outrepassait vraiment son rôle. Elle a été une chanteuse magnifique parce que pétrie de défauts et c’est ce qui faisait d’elle une immense interprète. Alors que quand c’est parfait, c’est extrêmement lénifiant, on s’emmerde quoi.

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