En ce moment Mon compte

Le phénomène Hikikomori

[En coup de vent] le 08 novembre 2016

Du 7 au 11 décembre, le metteur en scène Joris Mathieu se penche sur le syndrome Hikikomori, - véritable phénomène au Japon - au travers d’un dispositif à trois lectures différentes. Mais reprenons, qu’est-ce donc qu’un Hikikomori ? Petit tour d’analyses de presse.

Création 2015 - TNG - Centre Dramatique de Lyon
Mise en scène : Joris Mathieu
Dispositif scénographique  : Nicolas Boudier et JOris Mathieu
CRéation Lumière : Nicolas Boudier

Hikikomori (pour les japonisants ça s’écrit 引き篭りet signifie « se retrancher ») : état psychosocial touchant principalement les adolescents ou jeunes adultes. Ils vivent coupés du monde, cloîtrés dans leur chambre et refusent toute communication, même avec leur famille. Mais Wikipedia précise que ce n’est pas un handicap mental ou psychique.

Cette épidémie a d’abord été remarquée au Japon, où en 2010 on recensait 230 000 cas – soit un jeune japonais sur cent. Ce chiffre serait passé à 541 000 en 2016, selon CNN. Le syndrome Hikikomori se répand dans le monde, et notamment en France, constate Slate. Ce sont les garçons les plus touchés, « en raison de l’incapacité des pères japonais à communiquer avec leurs enfants » précise le magazine en ligne.

La première raison invoquée est la pression sociale, particulièrement forte dans la société nipponne rigide. Rue 89 souligne en effet que les examens d’université sont extrêmement sélectifs au Japon. Mais le magazine Slate souligne aussi l’importance de l’ijime (ou harcèlement scolaire), qui pousse les victimes à l’exil. En effet, rompre toute communication verbale leur permet de ne plus se sentir jugé ou évalué.

Interrogé par Le Monde, le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron précise que c’est « un comportement de repli à l'intérieur de soi qui permettrait de manière inconsciente de gérer les émotions, les conflits, les inquiétudes relatives à l'avenir, en évitant l'entrée dans une pathologie psychiatrique, telle qu'un effondrement dépressif ou le développement d'une phobie. »

Si certains les comparent aux Otakus, ces fans de mangas qui ont inquiété les années 80, les Hikikomori ne sont pas forcément accros aux jeux vidéo ou à Internet. Le professeur Kato explique au Monde, que « Internet et les jeux vidéo contribuent simplement à réduire le besoin de communication en tête-à-tête avec ses semblables. » Rue 89 abonde dans ce sens : ce mécanisme de défense n’est pas renforcé par Internet , ce serait en quelque sorte une conséquence et non une cause.

Néanmoins, si Internet leur permet de vivre sans sortir de chez eux, les Hikikomori sacrifient beaucoup de choses pour parvenir à rester reclus. Slate affirme : « se vautrer dans l’irrespect d’eux-mêmes n’a plus grande importance, l’important étant qu’aucun regard extérieur ne puisse se poser sur eux. » Ce qui rend la réintégration dans la société d’autant plus compliqué, et bien évidemment plus la claustration dure, et plus les traces sont indélébiles, souligne le webzine Disquette.

La question reste de savoir comment s’y prendre pour aider la personne touchée, à sortir de son mutisme, de son refuge. Joris Mathieu entreprend d’étudier la question dans son spectacle, qui voit évoluer en parallèle Niels, enfermé dans sa chambre, et ses parents, de l’autre côté de la cloison, impuissants.

Crédit photo : Nicolas Boudier

Ne le gardez pas pour vous

Partagez cet événement sur les réseaux sociaux

À découvrir