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Jazz à la Villette : interview de Tony Allen

[Tête-à-tête(s)] le 30 juillet 2015

Mercredi 9 septembre, le festival Jazz à la Villette propose un plateau exceptionnel avec Tony Allen, pionnier de l’afrobeat et Yasiin Bey (alias Mos Def) avec le Robert Glasper Experiment. L’équipe web s’est fait un plaisir d’interviewer l’un des plus grands batteurs selon Brian Eno.

Est-ce que l’afrobeat a beaucoup changé depuis vos débuts avec Fela Kuti dans les années 1970 ?
Ce qui fait l’afrobeat, c’est le rythme, c’est la batterie. Ceux qui font de l’afrobeat maintenant, n’ont pas la connaissance de ce type de rythmique : ils rajoutent des motifs de batterie différents. C’est de l’afrobeat au niveau mélodique mais pas au niveau rythmique.

C’est juste une question d’évolution. C’est moi qui ai créé ces motifs de batterie, et comme je n’aime pas me répéter quand je compose, il nous reste qu’à évoluer. Le passé c’est le passé. Il faut vivre avec son temps, parce qu’il ne vous attend pas. Faut pas vivre dans le passé, c’est ce que font les gouvernements ! Ils n’essaient pas d’évoluer. C’est pour ça que quand il le faut, on s’adresse à eux avec un message. Parfois, je chante sur le système. Mais pas toujours. J’aime avant tout faire de la musique pour faire danser.

Pourtant, sur ‘Go Back’, morceau composé avec Damon Albarn, vous parlez des réfugiés de Lampedusa ?
Sur ‘Go Back’, on sent la simplicité de la musique, comme ça on peut écouter les paroles. Et quand je chante ‘Boat Journey’, c’est dansant, mais en même temps le tempo est lent, pour laisser la place au message. L’idée de ce morceau est de prévenir, pour que les gens n’entreprennent pas ce voyage en bateau, parce que ça n’en vaut pas la peine. Faut voir où ont atterri ceux qui ont survécu : dans les rues ! Je ne parle pas des réfugiés, ceux qui risquent leur vie à rester dans leur pays, mais à ceux qui pensent que l’herbe est plus verte ailleurs, c’est faux.

Je ne compte plus les années que ça m’a pris pour réussir en France. Parce que l’échelle se monte lentement… il s’agit de ne pas se casser la jambe ! Mais il faut croire en ce qu’on fait. Je n’ai jamais accepté d’autre travail, parce que j’aurais eu l’impression de ne pas me réaliser complètement. J’aurais pu choisir la voie la plus facile, mais au bout d’un moment, elle devient de plus en plus difficile. Et la voie qui paraît la plus dure au début, devient de plus en plus facile, parce que tu prends plaisir à ce que tu fais.

Sur votre dernier album, Film of Life, vous chantez moins. Pourquoi ce choix ?
Depuis l'album Secret Agent, j’essaie de moins chanter, parce que je veux me concentrer sur ma batterie quand je joue. Je sais que c’est un double challenge que je m’impose en concert, parce que mes motifs sont compliqués, et d’avoir l’esprit au chant tout en maintenant mon rythme, sans louper aucune clash, c’est compliqué. Si je veux le faire je peux, mais j’ai moins envie de le faire. C’est pour ça que j’invite des artistes à chanter, à apporter leur touche à ma musique. Nous n’avons rien à y perdre !

Vous adorez faire des collaborations, comme avec Damon Albarn et Paul Simonon, quels seront vos invités pour votre soirée du Jazz à La Villette ?
La collaboration, c’est de l’art ! C’est comme si un peintre venait poser un coup de pinceau sur mon tableau. C'est là que je vais me demander comment j’ai pu passer à côté ! On échange des idées, on se complète. Et c’est la même chose en musique, quand j’arrive, je ne connais pas forcément la musique de l’autre. C’est marrant pour moi. Du coup, je leur apporte beaucoup d’éléments, qu’ils n’avaient pas encore intégrés. Et ça change tout !

Pour la soirée du 9 septembre, je ne sais pas encore, faut que j’y réfléchisse. Peut-être Oxmo Puccino, s’il est disponible.

Est-ce que vous pensez préparer un morceau avec Yasiin Bey (alias Mos Def) avec qui vous partagez le plateau ?
Pourquoi pas, s’il est inspiré pour me rejoindre. Il a déjà joué avec Femi Kuti et De la Soul, donc il connaît l’afrobeat, mais on n’a encore jamais travaillé ensemble. Ce serait la première fois, et en plus en live ! Je suis sûr que ça va l’inspirer. J’ai hâte ! Même si on a rien prévu à l’avance, c’est pas un souci : si ça arrive spontanément, de toute façon on parle la même langue parce que la musique est un langage universel. Donc s’il veut venir sur mon plateau, il est le bienvenu, j’ai suffisamment de morceaux. On verra bien !

Et que pensez-vous du slogan du festival : Jazz is not dead ?
Le jazz est toujours vivant ! Ma musique est constituée de tous les styles, mais l’influence jazz est claire, surtout dans mon jeu live ! Le Jazz est toujours présent. L’année prochaine, je vais me lancer dans un projet, c’est plus pour m’amuser : on va donner un seul concert entièrement jazz où je vais reprendre les morceaux de mes idoles.

Ne le gardez pas pour vous

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