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Le Sacre du Printemps, les secrets de montage

[Coulisses] le 16 décembre 2014

Dans le cadre du festival d’Automne, La Villette recevait Le Sacre du Printemps par Romeo Castellucci. Rencontre avec Rémi Varoutsikos, régisseur général, pour en savoir plus sur ce projet d’envergure exceptionnelle.

En quoi cette mise en scène du Sacre du Printemps est un projet atypique ?
C’est un projet clairement original, mais de poids surtout. Il y a 37 machines exactement. Les machines font environ entre 15 et 18 tonnes, et puis il y a toute la structure : en tous on a accroché 30 tonnes de matériel. Sans compter les 6 tonnes de poudre d’os.

Depuis quand travaillez-vous sur ce projet ?
Ça va faire une petite année déjà de travail de préparation. Et comme la première de ce spectacle n’a eu lieu qu’au mois d’août dernier, on a commencé à travailler avant sa création. Ça arrive souvent, et généralement on se base sur une pré-fiche technique.

Quelle a été la première étape de travail ?
On a travaillé sur plans avec la Ruhrtriennale pour l’adaptation de la cabine. On parle de cabine, parce que c’est un lieu entièrement fermé, dans lequel toutes ces machines dispersent la poudre d’os. On a repris les dimensions avec une adaptation au niveau des ponts et des moteurs. Les ponts c’est ce qu’on voit dans le spectacle qui monte et qui descend ; et les moteurs c’est les organes qui sont au-dessus des chaînes.

Pourquoi a-t-il fallu adapter le spectacle à la Grande halle ?
C’est une question de dimensions, parce que la salle de Duisburg était plus petite que la Grande halle : l’usine désaffectée faisait 14m de largeur alors qu’à la Villette on a 30m entre chaque colonne. Donc le directeur technique de la Ruhrtriennale est venu au mois de mai 2014 pour visiter la Grande halle et surtout, se voir c’est quand même beaucoup plus simple que de se parler un coup en anglais, un coup en allemand ou en français au téléphone !

Après la première, on s’est rendu compte qu’il fallait la même structure que celle de Duisburg. Donc on a retravaillé tous les plans parce qu’il y a tout un tas de calage, de mise en place des grills qui supportent les machines… Et comme les machines bougent, il ne faut pas que la structure bouge.

Avez-vous assisté à la première du Sacre du Printemps ?
Notre directeur technique adjoint, Hervé Dutournier, s’est rendu à Duisburg. Mais ce qui était le plus intéressant pour nous c’était vraiment la partie technique. On avait énormément de questionnements sur ce qu’on appelle dans le théâtre la mise : ce qui se passe entre les deux montages.

Dans le cas du Sacre du Printemps, c’est le moment où on recharge les machines, ce qui demande 5 heures de travail avec 12 personnes. Or ça posait un problème de temps de travail parce qu’on est soumis à la loi française : on ne doit pas dépasser 48 heures par semaine, et avec ce scénario-là, on n’y arrivait pas. Donc il a fallu retravailler les plannings pour faire rentrer tout le personnel dans les clous.

Combien de temps a pris le montage ?
Tout s’est bien passé parce que la préparation était vraiment correcte, tout le monde savait où on allait. Mais ça nous a pris 3 semaines quand même. On a commencé le 27 novembre à installer le pre-grill, tout ce qui va aider à supporter l’ensemble de la structure.

Les Allemands sont arrivés début décembre, mais on avait le spectacle de Cherkaoui en même temps, donc on a travaillé en journées continues, dès 7h le matin. Et à 16h on arrêtait le chantier pour que les compagnies puissent prendre le plateau et répéter tranquillement. Ensuite, le metteur en scène (lire l'interview de Romeo Castellucci), est venu le dimanche 7 pour la générale qui s’est bien déroulée et le reste a suivi.

Et le démontage ?
On a quatre jours de démontage, parce qu’on a un spectacle derrière, donc on doit libérer la Grande halle de tout bruit avant le 18 décembre pour Hofesh Shechter.

Quelle a été la principale inquiétude sur ce projet ?
C’était quand même le poids : on a travaillé énormément sur les structures pour qu’elles résistent. On a étudié les emplacements des moteurs, la charge, la résistance des ponts, un véritable travail de machinerie, bien minutieux. C’est plus qu’important : on ne peut pas se permettre d’avoir une charge qui tombe.

De toute façon, toutes nos installations sont vérifiées par un organisme de contrôle. On a fait des trois rendez-vous préparatoires avec eux, pour être sûrs. Et le contrôleur est ensuite revenu vérifier le chantier en cours.

La Villette est habituée à recevoir ce genre de projet hors norme !
C’est plutôt agréable d’avoir des challenges de ce genre. Du machiniste au directeur technique, c’est un peu notre métier, notre état d’esprit. On est à La Villette pour sans arrêt travailler sur des prototypes, on est un peu des artisans du spectacle. C’est vrai que c’est très motivant de ne jamais travailler sur la même chose.

Crédit Photo : C. Raynaud de Lage

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