En ce moment Mon compte

Interview de Michael Clark

[Tête-à-tête(s)] le 29 mai 2015

En écho à l’exposition Bowie Is à la Philharmonie, La Villette a invité la Michael Clark Company à présenter come, been and gone, pièce élaborée sur la musique de David Bowie et Iggy Pop. L'équipe web a rencontré le chorégraphe à la MAC de Créteil.

Quelle est votre relation à David Bowie ?
Je dois avouer que dans mes années de formation, David Bowie a eu une grande influence sur moi - même si, bien entendu, nous n’opérons pas dans les mêmes domaines. Petit à petit, j’ai commencé à m’intéresser à ce qu’il aimait. Que ce soit Iggy Pop, ou Lou Reed et le Velvet Underground, ou dans un autre registre Kraftwerk. Dès qu’il parlait d’un artiste, j’avais immédiatement envie de savoir ce qu’il faisait. Parfois ce n’était pas forcément facile à écouter, mais je voulais l’aimer parce que lui les aimait… donc je ré-écoutais jusqu’à l’apprécier.

Comment avez-vous composé par rapport à sa musique ?
En l’occurrence, dans come, been and gone, certaines chorégraphies n’ont pas été conçues pour cette musique. En fait, l’idée de construire cette pièce sur la musique de David Bowie est venue après coup : ces chorégraphies étaient prévues pour une musique complètement différente.

J’essaie toujours de faire des choix qui ne seraient pas évidents. Donc j’ai élaboré cette chorégraphie un peu à la manière d’un puzzle de mouvements. Ce qui est bien quand on change soudainement la musique, c’est qu’on obtient une toute autre lecture : ça permet d’envisager le travail sous un angle nouveau. C’est un peu comme quand on regarde un film et qu’on baisse le son, pour mettre une autre musique. Ça peut s’avérer intéressant.

Cette vision vient sûrement du fait que j’ai étudié avec John Cage et Merce Cunningham parce qu’ils montent leur travail le soir de la performance. Certes, quand ils disent qu’ils n’en discutent pas au préalable, c’est difficile à imaginer ; mais ce qui est sûr c’est qu’ils finalisent le projet le soir même. Tout peut arriver, et des fois des coïncidences se créent.

Comment avez-vous choisi les morceaux de David Bowie ?
Il a une discographie tellement conséquente, que ce n’était pas évident ! Ce que j’ai cherché à faire surtout, c’est d’apporter un élément nouveau, pour garder un aspect original. Sinon, comme les gens connaissent bien son répertoire, ils peuvent être en attente depuis longtemps.

Sur animal/vegetable/mineral, vous intégrez la vidéo, est-ce que vous utilisez un clip sur come, been and gone ?
Oui, on a travaillé à partir de la chanson « Heroes » et du clip-vidéo qui l’accompagne. Mon but est que la chorégraphie suive le clip. Et en fait, pour que la projection prenne tout le fond de la salle, on a amplifié la taille de l’image. On le voit en gros plan, David Bowie devient tellement plus grand que nous, et ça ajoute à son charisme !

En première partie, vous présentez Swamp, une de vos premières chorégraphies.
Cette pièce n’est pas forcément liée à David Bowie, mais la bande son est assez proche de sa période berlinoise, vers la fin des années 70. La musique a été composée par Bruce Gilbert qui était dans un groupe appelé Wire. C’est un peu plus conventionnel quelque part, parce que c’est structuré de manière un peu plus évidente. Alors que pour la partie sur David Bowie, c’est forcément basé sur un format chanson : j’ai dû jouer sur l’ensemble de la structure.

En plus, pour Swamp, la musique et la chorégraphie ont été faites en même temps, c’était un travail collaboratif. Comme on part de zéro, on peut avoir des conversations sur ce qu’on veut faire ensemble.

Est-ce que vous avez envie de retravailler avec David Bowie ?
J’aimerais beaucoup, mais ça me semble assez difficile. Il a récemment sorti un nouvel album, donc il a été assez pris sur beaucoup de projets. J’aime bien la nouvelle chanson plus jazzy qu’il vient de sortir, « Sue (Or In A Season of Crime) ». Pour moi elle est liée à Chicago, mais peut-être parce qu’elle est sortie quand l’expo Bowie Is était à Chicago. Mais je préfère « Where Are We Now », celle qu’il a sortie pour son 66ème anniversaire.

****
Crédit photo : Jake Walters

Ne le gardez pas pour vous

Partagez cet événement sur les réseaux sociaux