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Interview d’Hofesh Shechter

[Tête-à-tête(s)] le 22 décembre 2014

Du 18 au 20 décembre, Hofesh Shechter présentait Political Mother: The Choregrapher’s Cut à La Villette en partenariat avec le Théâtre de la Ville. Rencontre avec le chorégraphe qui nous parle de ses recherches stylistiques, de ses inspirations et de Joni Mitchell.

Comment avez-vous retravaillé Political Mother depuis sa création en 2010 ?
En 2011, le Sadler’s Wells m’a proposé de revisiter la pièce. Et comme c’est un spectacle sur la foule, j’ai voulu que ça se voie sur scène, avec plus de monde sur scène. Je voulais que Political Mother soit moins lourd et fête plus le mouvement. C’est de cette manière qu’est arrivée l’idée de le transformer en concert de rock.

Pourquoi avoir choisi La Villette ?
D’habitude je travaille avec le Théâtre de la Ville, qui avait très envie de présenter Political Mother, mais leur salle n’est pas vraiment adaptée. Donc on a pensé à La Villette, qui est parfaite pour ce type de spectacle ! Parce que La Grande halle se présente réellement comme une salle de concert rock, avec de très bonnes conditions techniques. En plus, il y a une fosse d’un millier de personnes environ, ce qui permet de créer cette atmosphère. Quand on est assis au théâtre, on se comporte comme on pense qu’il faut se comporter. Alors que quand on est debout, on se sent plus libre. Maintenant, c’est un peu comme si la fosse faisait partie du spectacle, et cette idée me plaît.

Qu’est-ce qui vous inspire dans la danse folk ?
Les mouvements de danse folklorique, comme les bras en l’air ou la supplication vers le ciel, se retrouvent dans beaucoup de cultures : ils se rapprochent d’une danse tribale, presque spirituelle. Avec la danse folk, il s’agit en fait de créer une tribu. Et ça peut être très beau comme ça peut être très nationaliste, voire fasciste. Mais les rassemblements étaient toujours organisés pour gagner en sécurité, que ce soit contre les éléments ou les ennemis.

Comment avez-vous choisi la musique ?
Le spectacle est assez éclectique mais tourne beaucoup autour de la musique folk, dans le sens folklorique. Pour certains, le metal est une musique folklorique pour ceux qui sont connectés à ce style de musique, car il exprime leurs émotions, leurs expériences, leur vie, leurs frustrations, leur colère. Et la musique classique c’est la musique folk de la haute société : c’est ce qu’ils écoutent pour se sentir supérieurs. Les musiques que j’ai choisies représentent différentes cultures, et je raconte comment ces cultures entrent en collision. Political Mother traite de ce choc des cultures.

D’où vient toute cette violence ?
Political Mother exprime beaucoup de rage, mais on retrouve aussi de la tendresse : même s’il y en a peu, elle est là. D’ailleurs pour moi, elle a plus d’importance de par sa rareté… car elle fait ressortir un sentiment d’humanité.

Ce spectacle exprime un sentiment d’impuissance, et quand l’audience s’y retrouve confrontée, elle ne peut que compatir. Une personne seule ne peut pas créer une situation compliquée… Donc on est en quelque sorte tous dans la même situation face à cette vague de folie. Ce qui crée une connexion.

Et pourquoi finir sur une chanson de Joni Mitchell ?
Quand j’étais en studio pour travailler sur Political Mother, j’ai réalisé que la pièce était un peu agressive. Donc j’ai cherché des chansons qui contenaient le mot « amour », pour trouver un équilibre.

C’est une bonne manière de dénouer le spectacle et de le rembobiner. Le nœud est là : on est perdu, on tourne en rond, on suit ce qu’on nous dit de faire, et on réalise qu’on a en fin de compte très peu de choix dans notre vie. Et soudain, on réalise qu’il y a deux manières de voir les choses : on peut choisir de se lamenter que c’est un horrible désastre, avec cette impression d’holocauste, ou alors que c’est comme ça et qu’on ne peut rien y faire. Au milieu de cette pièce extrêmement dure, cette chanson douce en devient presque kitsch, mais tellement belle en même temps.

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