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Interview d’Etienne Blanchot pour Villette Sonique

[Coulisses] le 13 mai 2015

Dans une semaine à peine sera donné le coup d’envoi de Villette Sonique ! L’équipe web est donc partie discuter avec Etienne Blanchot, programmateur depuis la toute première édition ! Il revient sur dix ans de festival et sur les choix de cette édition in10pensable !

Quelle est l’intention de Villette Sonique, depuis 10 ans ?
L’axe principal, c’est de s’intéresser aux artistes plus qu’aux genres musicaux, et aux personnalités plus qu’aux familles musicales : de programmer des personnalités avec une écriture à part, un réel style, ou une présence incontournable sur scène. L’idée aussi c’était dès le départ de créer des électrochocs artistiques, de bouger un peu les lignes par rapport à ce qui existait.

Ce qui signifie pouvoir aussi bien proposer de la pop, du rock que de la musique expérimentale, ou électronique, peu importe, tant que le musicien sort du lot… Nous avions plutôt vu juste car aujourd’hui le public se promène de plus en plus : désormais, les gens écoutent autant de rock que de musique électronique, chose qui - il y a 10 ans quand on a commencé - était pas si évidente !

Comment se construit la programmation au fil de l’année ?
Dès la première édition, ce qui nous a frappés c’est justement que les gens étaient demandeurs de musiques qu’ils n’avaient pas l’habitude d’écouter. Avec Frédéric Mazelly [directeur de la programmation], on cherche à amener le public vers de nouvelles émotions. Ce qui est motivant bien sûr c’est de sentir qu’un concert prend alors qu’il y a peut-être qu’un tiers de la salle qui connaissait l’artiste au départ.

Une programmation, c’est un mélange d’obsessions et d’opportunités. Avec une liste de groupes qui n’en finit pas d’être remise à jour. On garde en tête la réalité du contexte, mais il faut rêver un peu, sinon ça marche plus ! On ne fait pas beaucoup de concessions mais la seule vraie règle c’est de ne pas faire un groupe qu’on n’aime pas. Avant tout, il faut garder une exigence de spectateur sur le festival.

Après, il y a des groupes que je cherche à faire depuis 10 ans. Par exemple, Battles c’est un groupe qu’on avait jamais fait, pour une question de temporalité aussi, et là on les a juste avant la sortie de leur troisième album.

Comment se profile cette dixième édition ?
Cette année on propose au public des « histoires musicales » sous forme de petits parcours autour d’un artiste ou d’un mouvement. La soirée Red Bull Music Academy Stage c’est de l’évidence par rapport à ce qu’on a toujours fait ! C’est un projet particulier parce que Cabaret Voltaire c’est à la base un duo, et que là Richard H Kirk est seul mais le concept est assumé, avec uniquement des nouveaux morceaux et un dispositif audio-visuel assez ambitieux.

Je l’ai programmé avec toute une galaxie de groupes soit de son époque comme Carter Tutti Void soit affiliés comme par exemple le jeune anglais Andy Stott. Ça fait un plateau où le passé et le présent se mélangent : parce qu’on va assister à un Cabaret Voltaire très contemporain et que le son d’Untold ou Andy Stott est baigné de son influence. C’est une manière de revisiter 30 ans de musique électronique et industrielle sans qu’on ne sache qui cite qui finalement.

C’est quoi un projet typiquement Villette Sonique ?
On a toujours mis en avant des figures historiques, avec pour cette édition la soirée Arthur Russell’s Instrumentals directed by Peter Gordon. Arthur Russell c’est cet électron libre de la scène new-yorkaise des années 80, qui a fait aussi bien des productions disco que des disques mélange de textures électroniques et de violoncelle avec une voix assez géniale. Et comme il est mort en 93, son collaborateur Peter Gordon a décidé de reprendre en live ses seuls disques instrumentaux. Parmi les artistes invités, on compte Nik Void de Factory Floor, ou Gavin Russom de LCD Soundsystem. Il y a un côté création, c’est assez excitant parce que ces musiciens ont pris beaucoup de plaisir à monter ce projet ensemble pour faire revivre Arthur Russell sur scène.

Comme chaque année, le plein air représente un pan important de la programmation.
Le principe défendu sur le plein air, c’est de proposer au public de passer d’une émotion à l’autre, d’une énergie à une autre et de se laisser aller à la découverte d’autres mondes musicaux. La Villette est déjà à la base un endroit propice à la découverte, ce qui fait que les spectateurs arrivent toujours avec une énergie hyper positive qui se répercute sur les artistes. C’est vrai que depuis 10 ans, cette rencontre est une magie sans cesse renouvelée.

Petite particularité de cette dixième édition, c’est le focus sur des artistes français !
On n’a jamais programmé beaucoup de groupes français, il y en toujours eu et plutôt joliment en lumière – comme Chassol l’année dernière -, mais c’est vrai qu’on a toujours cherché à emmener les gens (artistes compris) ailleurs. Cette année, j’ai eu cette envie d’inverser la tendance avec une nouvelle scène Labels sur le plein air, essentiellement française (avec Centenaire, Headwar, Marietta, Heimat, Pierre & Bastien) et tout au long du festival avec des découvertes comme Nova Materia, Syracuse, ou encore le retour de Cheveu... C’est la qualité de la scène française de ces dernières années qui a imposé cette direction mais aussi l’envie de célébrer cet anniversaire avec tous ces acteurs et réseaux que nous côtoyons à l’année.

Un petit mot sur les dix ans de Villette Sonique ?
Ce qui est chouette et réjouissant c’est que, en dix ans, on a gagné du public mais on n’en a pas vraiment perdu. Entre les fidèles de la première heure et la nouvelle génération, le cercle s’est agrandi sur des bases qui sont restée les mêmes. Et ça, c’est vraiment encourageant !

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