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Interview de la compagnie Baro D’Evel Cirk

[Tête-à-tête(s)] le 09 juillet 2015

Jusqu’au 29 juillet, la compagnie de cirque Baro d’Evel est à La Villette avec sa toute nouvelle création, Bestias. L’équipe web s’est donc rendue à l’espace Chapiteaux pour rencontrer Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias pour parler du projet.

Comment est né le spectacle Bestias ?
Camille : On a commencé à rêver ce projet il y a trois ans. On a d’abord travaillé sur l'espace parce qu’on s'est aperçus que le chapiteau était trop petit : il était conçu pour trois artistes, donc on a décidé d'en faire faire un autre.
Blaï : Ensuite, on a réfléchi à l'équipe, qu’on voulait très diverse : on voulait créer une tribu de différents âges, avec des gens qui viennent de différents milieux. Dont notre fille de 9 ans, qui nous a proposé de participer à cette création.
Camille : Et puis les animaux : les chevaux on les avait déjà, mais les oiseaux par contre on les a pris à leur naissance, il y a deux ans, pour les imprégner.

Comment avez-vous réussi cet équilibre entre la musique, la danse, les acrobaties et le dressage ?
Camille : On essaie de rendre l'espace vivant, que le son fasse partie intégrante du spectacle. Et puis, dans l'équipe il y a des anciens, des acrobates... Chacun est sorti un peu du cadre de sa discipline pour Bestias.
Blaï : C'est peut-être notre singularité, c'est-à-dire qu’on s'est formés par le biais du cirque mais qu'on aime à faire se côtoyer les langages. On a eu envie de créer un spectacle qui nous représente dans ce mélange.

Est-ce que c’est compliqué de jouer avec des animaux ?
Camille : Ca demande beaucoup de temps d'observation : il faut apprendre à connaître l'animal - que ce soit un oiseau ou un cheval -, pour savoir ce qui va le perturber, lui faire peur, ou au contraire le rassurer. Ca ressemble pas mal au travail avec les humains au final : il faut se sentir bien pour donner le meilleur !
Blaï : Forcément les animaux sont en contact avec l'énergie du public, mais la température et la lumière rentrent aussi en compte. Et finalement, pour nous en tant qu'acteurs, c'est pareil ! Aucune représentation ne va être la même, même si c’est le même texte ou les mêmes gestes qu’on reproduit, chaque soir est vraiment différent.
Camille : Il y a une part d'improvisation. Mais on en joue aussi, on laisse l'espace à ce qui doit arriver. Par exemple, si l'animal a envie de prendre un peu plus de temps que prévu, il peut le faire. Il suffit de savoir être souple.
Blaï : C'est là qu’on trouve qu'on a beaucoup à apprendre d’eux, c'est-à-dire que là où tout acteur cherche cette fameuse justesse de jeu, les animaux font vraiment en fonction de ce qu’ils ressentent. Donc oui, il y a de l'aléatoire mais comme dans tout spectacle vivant. C'est juste que ça va plus loin : c'est un peu fragile évidemment, parce que ça joue avec l'instant présent. Et c’est justement ce vers quoi on tend avec notre spectacle !

En quoi l’humain n’est plus d’actualité, comme vous l’annoncez dans Bestias ?
Camille : C'est plutôt une blague. Parce que c’est un fait qu'on pense que tout tourne autour de nous, les humains. Sauf qu’on n'est pas forcément le centre du monde ! Et c'est peut-être ça le problème.
Blaï : C’est comme un pied-de-nez à ces gens tellement persuadés de leur importance… qu’au bout d’un moment ils deviennent has been ! Donc c’était rigolo de le transposer à l’humanité.

Que vous apporte le parcours Circus Platform ?
Blaï : C'est plutôt gratifiant de se sentir épaulé par plusieurs structures du cirque en France. C’est venu à un moment où on était vraiment très pris sur l’élaboration de Bestias, et en même temps ça nous a permis de faire de belles choses avec l’Académie Fratellini et à La Piscine. C’est une belle exposition, notamment en Ile-de-France. Et c'est aussi une sorte de reconnaissance.
Camille : Bestias, c’est pour nous le plus grand projet qu’on ait fait. Donc c’est bien pour nous d’avoir des articles dans la presse, parce qu’on a besoin que le spectacle rencontre son public.
Blaï : Mais surtout, ce qui est chouette c’est qu’il se passe comme une espèce de communion entre l’équipe et le public. Et c’est ça vraiment qui tient le tout.

Et sinon, Baro d’Evel, qui signifie « Grand Dieu » c’est un juron ou une prière ?
Camille : A l’époque quand j’étais gamine, que je croisais des manouches de temps en temps chez moi, ils le disaient vraiment à toutes les sauces. Donc je me souvenais plutôt que c’était un juron. Après peut-être que ça a bougé.
Blaï : A la base, on était partis sur cette phrase qui évoque les deux. Pour remettre dans le contexte, cette compagnie, on l’a créée en sortant de l’école, avec l’idée de caravanes autour d’un feu.
Camille : Oui, c’est un petit clin d’œil à la culture manouche tout simplement.
Blaï : Parce qu’on aime beaucoup cette vie nomade. Le fait de trimballer un village sur les routes, avec l’utopie associée à ce monde-là.

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Crédit photo : Guillaume Mussau

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