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Edito de Simon Njami, commissaire de l’expo 100%

[Coulisses] le 10 janvier 2017

Dans le cadre du festival 100% Afriques, Simon Njami présente l’exposition 100 % Afriques Capitales. Du 29 mars au 28 mai 2017, venez découvrir les artistes – pour la plupart exposés pour la première fois en France - qui racontent ce continent au travers de photographies, dessins, et peintures.

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« Il semblerait que l’Afrique soit "à la mode". L’expression n’est pas sans soulever un certain nombre de questions : de quelle mode s’agit-il ? Quels sont les signes qui permettraient de juger de la pertinence d’une telle affirmation ? Et, enfin, combien de temps une mode dure-t-elle ?
Depuis dix ans, il n’y a pas eu d’exposition de cette ampleur présentant la création africaine contemporaine dans toute sa diversité. J’entends par là, une exposition conçue non pas comme une opération publicitaire ou un panorama régional, mais comme une tentative de rendre visible la contemporanéité d’un continent victime dans toute sa complexité.

Il existe en effet plusieurs manières d’aborder l’Afrique. L’une d’elles, dont on peut facilement imaginer les limites et les ambitions, consiste à considérer le continent comme un ailleurs inaccessible et forcément exotique.
Une Afrique qui, par la mise en scène de ses différences, fascine et alimente les fantasmes les plus rétrogrades.

Il s’agit là d’un regard au mieux paternaliste dont le principe participe de l’élaboration des mythes. L’autre façon de faire, qui est la nôtre, est de travailler à partir des oeuvres et des artistes dont le travail parlera par lui-même pour dire l’histoire qui est la leur et qui, de fait, nous concerne tous.
Cette histoire-là est celle de la ville. Non pas une ville déterminée, localisée, mais vécue comme un espace d’échanges, de rencontres et de tensions. La ville conditionne sans doute la nature des oeuvres retenues. La neutralité d’une métropole permet d’éviter les pièges d’un essentialisme souvent rattaché à la ruralité. C’est de mouvement, de compression, de vitesse, d’inventivité et d’élasticité qu’il s’agit ici ; et d’avenir, car l’avenir ne se niche pas dans la revendication outrancière de nos particularismes, mais, au contraire, dans le dépassement du soi et la rencontre avec l’autre.

La ville représente, par excellence, l’espace au sein duquel nous pouvons nous renouveler par ce commerce quotidien avec les « distant relatives », pour employer une expression anglaise, avec lesquels nous partageons un territoire donné.

La Grande halle n’est pas un lieu d’exposition comme les autres. Située à la limite des quartiers nord de Paris, elle se trouve au coeur d’un brassage ethnique et culturel qui nous dit la diversité et la richesse de notre ville.
C’est un lieu inclusif qui annule la fameuse frontière entre « centre » et « périphérie ». Dans les temps troubles que nous traversons, La Villette nous rappelle cette vérité essentielle : la ville, comme la terre, n’appartient à personne. Elle est d’abord le foyer de ceux qui l’habitent et la font être. »

SIMON NJAMI
Commissaire d'exposition

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