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Conférence sur les esthétiques de la danse

[Coulisses] le 01 juin 2015

Vendredi 5 juin, La Villette a programmé « Les esthétiques de la danse contemporaine ». Rencontre avec Margot Dacheux, doctorante et chargée de cours à l’université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle, qui anime cette conférence interactive pour acquérir des clés de compréhension.

Melissa Hetherington  Jake Walters 606

Quelle est ta spécialisation ?
Ma thèse se concentre sur la matérialisation des espaces mentaux, le rêve, le fantasme, et le souvenir sur la scène contemporaine. Sinon, je fais régulièrement des conférences sur la scène théâtrale contemporaine et sur l’histoire de la danse au XXe siècle.

Comment se déroulent les conférences ?
A l’origine, Sylvestre Gozlan à la Médiation de La Villette avait sollicité Laure Fernandez de l’Université Paris 3 avec l’idée de créer un outil-conférence pour préparer les groupes lycéens à la découverte d’une œuvre en salle, les aider à accepter de la décrypter. Depuis, cet outil a évolué, avec une proposition adaptée à un public adulte.

Les conférences sont très interactives, puisqu’en fait il ne s’agit pas d’expliquer l’histoire de la danse pendant 2 heures mais de montrer des extraits, une dizaine par conférence, qu’on analyse ensemble. On passe en revue toutes les évolutions de la danse classique jusqu’à la danse contemporaine en passant par les néo-classiques, la danse moderne, le post-moderne. L’idée est de voir quels changements ont été opérés au cours du XXe siècle, ça aide à mieux comprendre.

Donc concrètement, vous analysez des extraits vidéo ?
C’est plus un jeu d’interprétation qu’une interprétation de texte cadrée. Il n’y a pas besoin de références en fait, je travaille plus à partir du concept du « spectateur émancipé » proposé par Jacques Rancière : avec cette idée qu’il existe une capacité commune à tous.

On regarde les réactions provoquées, on essaie d’étudier la posture de spectateur parce qu’il faut se défaire de plein d’attentes. Il y a vraiment tout un travail pour laisser cette posture de j’aime/j’aime pas de côté pour formuler collectivement ce qu’on peut voir à l’intérieur des œuvres. Il n’y a pas de vérité, il n’y a pas de bonne réponse. Ce qui fait qu’il n’y a pas de posture d’échec.

Tu travailles souvent avec des lycéens ?
Oui, je suis sur l’accueil de lycéens avec les CEMEA (Centres d'Entrainement aux Méthodes d'Education Active) au festival d'Avignon. C’est un public avec qui j’adore travailler, parce qu’il y a cette spontanéité et cette curiosité : c’est toujours très enrichissant.

L’idée c’est vraiment de permettre la rencontre avec les œuvres, quelles qu'elles soient. C’est plus ou moins difficile, selon les personnes et l’inhibition que peut provoquer parfois le manque de connaissances. Il faut essayer de mettre tout ça de côté et de faire tomber les barrières : désamorcer des réactions de rejet ou des réactions d’incompréhension.

Quelles sont les formes chorégraphiques appréhendées dans ces conférences ?
Il y a beaucoup de formes de non-danse, je pense à Jérôme Bel, Xavier Le Roy. Le premier réflexe, quand on voit quelqu’un faire le chef d’orchestre pendant une demi-heure, c’est de se dire que ce n’est pas de la danse. Donc on essaie de balayer tout cet aspect pour donner des outils de compréhension sur ce qu’est la danse, et quelle forme elle peut prendre.

Par exemple, l’année dernière La Villette programmait Cartel de Michel Schweitzer, avec d'anciens danseurs classiques qui venaient raconter leur expérience. La conférence permet de comprendre ce qu'est la danse classique et ses exigences par rapport au corps. Donc on effleure tous ces enjeux-là, on n’est pas dans le discours scientifique qui pourrait sembler hermétique : c’est une première approche, on ouvre une porte.

Et avec les adultes, comment ça se passe ?
On ne le fait pas de la même façon : on pense la conférence de manière différente, afin de trouver un moyen d’échanger, parce qu’ils ne sont pas non plus intéressés par le fait de m’entendre parler pendant 2 heures. Donc l’idée est d’essayer de trouver une forme qui permet cet échange avec les adultes sans que ce soit trop didactique.

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Crédit photo : Jake Walters

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