222
En ce moment Mon compte

Akram Khan : Interview dans The Guardian

[Coulisses] le 14 novembre 2016

Du 5 au 17 décembre, La Villette et le Théâtre de la Ville invitent Akram Khan à présenter Until The Lions. A l’occasion de la première à Londres, le quotidien The Guardian a publié une interview croisée de Danny Boyle et du chorégraphe. Traduction de quelques extraits pour en savoir plus sur cette création.

Akram606

A propos de la poète Karthika Naïr
Akram Khan : C’est une poète avec qui nous avons créé le spectacle Desh, elle est venue me voir parce qu’elle avait écrit un recueil de poème sur des personnages féminins tirés du Mahabharata. Le titre de son livre, Until the Lions, est tiré d’un proverbe africain. Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur. Les vainqueurs écrivent toujours l’histoire, jamais les vaincus. De son approche, j’ai beaucoup aimé l’intérêt qu’elle porte aux personnages féminins, ces héros qui ne sont pas dans la lumière.

A propos de la féminité dans le Mahabharata :
Akram Khan : Quand j’ai fait une apparition dans la version de Peter Brooks, j’avais 13 ans, et je ne me souviens pas que les femmes aient été particulièrement célébrées. Elles ne faisaient pas partie des protagonistes. En y repensant, je réalise que le point de vue était très masculin, comme c’est souvent le cas en mythologie. À travers la lecture poétique de Karthika NaÏr, le Mahabharata révèle pleinement la place de la femme dans cette société.

A propos de l’intrigue :
Akram Khan : Amba n’est pas forcément une héroïne, mais elle défie le jugement de la société. Amba est enlevée par Bheeshma, ce qui fait que personne ne pourra plus jamais se marier avec elle. Amba pense qu’ils se marieront un jour, mais Bheeshma ne rompra pas son vœu de célibat. Des années plus tard, Bheeshma comprend que n’ayant pas épousé Amba, il ne pourra épouser personne d’autre. En quelque sorte, il finit par la reconnaître comme son égale en lui disant : « Tu es la seule qui ait essayé de transformer un objet immuable tel que moi ».

A propos des genres dans sa chorégraphie :
Akram Khan : Je joue Bheeshma. Ching-Ying Chien, qui est une danseuse merveilleuse, interprète le rôle d’Amba et Christine Joy Ritter celui de Shikhandi [sa réincarnation]. Quatre musiciens sont également sur scène.

Comme je m’intéresse beaucoup aux questions de genre, au départ, la pièce devait être un solo dans lequel je jouais les trois rôles. Quand j’étais jeune, mes camarades de classe qui étaient beaucoup plus machos et jouaient au football, me trouvaient ambigu. Je dansais, je mettais du maquillage et parfois même je portais le sari de ma mère pour des rôles féminins.

A propos de son adaptation de Until The Lions :
Akram Khan : Avec ma dramaturge, Ruth Little, on se demande constamment ce qu’il faut raconter de l’histoire ou comment la simplifier sans pour autant en perdre la complexité. Car raconter l’histoire de ces personnages, notamment à des spectateurs qui ne la connaissent pas, est un véritable défi. Sans mot, tout devient flou et la chorégraphie doit se développer pour prendre le relais de la narration. C’est très complexe.

Traduction Alice Mosca et Agnès Bayou
Crédit photo : Jean-Louis Fernandez

Ne le gardez pas pour vous

Partagez cet événement sur les réseaux sociaux